Phobie scolaire : éviter la déscolarisation

jeune garçon triste avec cartable
La phobie scolaire concernerait 3 à 5 % des élèves… Mal ou tardivement détectée, elle conduit bien souvent à la déscolarisation.
Qu’est-ce qui déclenche une phobie scolaire et quelles sont les solutions pour y remédier ? Éléments de réponse avec la pédopsychiatre Nicole Catheline, spécialiste des questions relatives à la scolarité.
 

Qu’est-ce que la phobie scolaire ? 

Nicole Catheline : La phobie scolaire est le symptôme d’un mal-être dont les causes sont variées et multiples. Il faut savoir que la phobie, c’est le déplacement de quelque chose qui angoisse beaucoup - dans le cas de la phobie scolaire, cela peut être l’angoisse de séparation avec les parents dont on a peur de décevoir les attentes - sur quelque chose qui angoisse moins et dont on pourrait se passer - ici l’école. Or l’école est le lieu de séparation par excellence. Attention, il n’est pas question de culpabiliser les parents, les enfants et les adolescents développent leur propre manière de percevoir et interpréter les choses. Certains élèves peuvent développer une anxiété de performance qui peut les mener à une phobie scolaire. D’autres élèves vont plutôt développer un refus scolaire lié à ce qui se passe à l’école : harcèlement, troubles dys… Dans les deux cas, l’élève est dans l’impossibilité de se rendre à l’école.
 

Y-a-t-il une période où le risque de développer une phobie scolaire est plus important ?

N. C. : Les périodes de transitions scolaires sont à risque, comme l’entrée au collège par exemple. 90 % des élèves de 6e qui développent une phobie scolaire ont une angoisse de la séparation. Ajouté à cela, les prémices de la puberté, ça fait beaucoup de changement auxquels il faut s’adapter. 
Par la suite, la fin de la 4e, la 3e et le début de la seconde sont aussi des périodes où l’élève peut déclencher une phobie scolaire. Et là, les problématiques sont plus compliquées et complexes. L’adolescent se pose des questions sur son avenir, sa réussite, l’attente de ses parents… 
Les étudiants du supérieur ne sont pas épargnés. En 1re ou 2e année, les mêmes mécanismes sont mobilisés. Il faut savoir que la problématique adolescente se poursuit jusqu’à l’âge de 25 ans car le cerveau continue de se transformer durant cette période. Avec la phobie scolaire, on est dans le domaine du développement de l'enfant et de l'adolescent.
 

Pourquoi est-il préférable d’alerter le médecin de l’ Éducation nationale ?

N. C. : Dès que les parents repèrent des signes d’inquiétude et d’angoisse chez leur enfant à l’idée de retourner à l’école le lundi matin ou à la rentrée des classes, il faut réagir. Car l’adolescent n’est pas en capacité d’alerter, il va supporter ce mal-être un certain temps, mais lorsqu’il y a accumulation avec d’autres problèmes (divorce, chômage d’un parent, difficulté familiale), il n’y arrive plus. Les symptômes physiques, comme les maux de ventre, conduisent les parents à consulter le médecin traitant qui va naturellement arrêter l’enfant. C’est bien, cela lui permet de se reposer. Mais il est préférable d’avertir sans tarder le médecin de l’Éducation nationale, car lui seul est en mesure de demander l’aménagement des cours pour éviter la déscolarisation.
 

Vous déconseillez la déscolarisation ?

N. C. : La déscolarisation doit être la plus brève possible. Durant cette période, il faut conserver un minimum de « normalité », les adolescents sont dans une période difficile où la moindre différence est mal vue et mal vécue… Certains vont avoir peur de sortir, de continuer leurs activités de sport ou de loisirs, car ils redoutent de devoir se justifier : « je ne peux pas aller à l’école, mais je peux aller à mon entraînement de foot » par exemple. Alors il y a un risque de se refermer sur soi, de se désocialiser. Plus on repousse le moment de revenir au collège ou au lycée, plus c’est difficile. Il y a la honte face aux camarades de ne pas y être arrivé. Et l’anxiété de devoir rattraper le retard pris…
 

Comment surmonter la phobie scolaire ?

N. C. : Un accompagnement est nécessaire. L’idéal serait de consulter un pédopsychiatre car il travaille avec une équipe pluridisciplinaire qui va notamment effectuer des tests psychométriques et neurologiques. Et surtout parce que ce professionnel propose un accompagnement global des parents et de l’enfant. Et seules les situations où les parents ont été mobilisés évoluent favorablement. Le retour à l’école peut alors se faire assez vite mais il ne faut pas que les parents pensent que le problème est réglé. En parallèle, la prise en charge et les soins vont continuer sur 2, 3 voire 4 ans. Alors, il faut éviter le nomadisme médical et changer d’équipe médicale. 700 pédopsychiatres consultent au sein des centres médico-psychologiques basés sur toute la France. Si l’attente est trop longue pour un rendez-vous, des pédopsychiatres exercent aussi en libéral. Sinon, on peut se tourner vers un psychologue, mais les consultations ne sont pas remboursées. Et pour être efficace, il devra mettre en œuvre un accompagnement global comme le fait le pédopsychiatre.

 

Et si le retour à l’école est trop compliqué, quelles sont les alternatives ?

N. C. : Si après ce travail d’accompagnement, un adolescent est de nouveau disponible pour ses apprentissages mais qu’il reste encore fragile pour aller à l’école, il existe les soins-études. L’adolescent va y passer une, voire deux années scolaires, c’est pris en charge par la Sécurité sociale. Il n’y en a que très peu en France pour l’instant et ces structures sont réservées aux situations les plus complexes.
Si la situation le nécessite, l’hospitalisation en psychiatrie est envisagée, mais de manière moins systématique qu’il y a quelques années. L’accueil en hôpital de jour est de plus en plus sollicité et un réel lien se développe avec l’école pour accompagner les jeunes.
Une phobie scolaire soignée ne récidive pas mais une certaine vulnérabilité et une anxiété vont perdurer chez les personnes concernées.
 
Propos de la pédopsychiatre Nicole Catheline, spécialiste des questions relatives à la scolarité, recueillis par Odile Gnanaprégassame, janvier 2019 – odilegnanapregassame@cidj.com 
 
Mardi, 22 Janvier, 2019